Sécurité incendie des ERP de 5e catégorie : le guide 2026
Vous tenez une boulangerie, un bar, ou un magasin de vente ?
Voici l’essentiel pour les ERP de 5e catégorie sans hébergement en 2026
Ce qui a changé depuis fin 2025 …
Adieu autorisation de travaux et autorisation d’ouverture au titre de l’incendie pour les ERP de 5e catégorie sans hébergement (décret n° 2025-1100). À la place, une description succincte des travaux, envoyée au maire pour information.
– Le plan d’intervention devient obligatoire à l’entrée de tous les ERP de 5e catégorie, même de plain-pied (arrêté du 1er décembre 2025, article PE 27). Le « on n’a qu’un rez-de-chaussée » ne marche plus.
Un établissement dont la capacité dépasse 19 personnes peut désormais ouvrir sans personnel sur place, à deux conditions : bloquer l’accès à 19 personnes et respecter un cahier des charges ministériel (arrêté du 4 février 2026). Pour l’instant, seules les salles de sport ont le leur. Les boulangeries en libre-service, ce n’est pas pour tout de suite.
La loi de simplification prévoit, pour certains ERP de moins de 300 m², une déclaration de conformité certifiée à la place de l’autorisation de travaux. Petit détail : il faut encore attendre le décret d’application.
Les installations techniques, gaz compris, doivent être vérifiées au moins tous les trois ans. Toute installation de gaz neuve ou modifiée doit être contrôlée (articles PE 4 et PE 10 B).
Une réforme des règles de construction et de matériaux (arrêté du 19 février 2026) s’appliquera aux demandes d’autorisation de travaux déposées à partir de cette date. Pas de panique pour l’existant : sans nouveaux travaux, rien ne change.
Travaux et ouverture : moins de paperasse, pas moins de règles
Côté incendie, fini les demandes d’autorisation de travaux et d’ouverture. Avant les travaux, vous envoyez simplement au maire une description succincte de ce que vous prévoyez. Personne ne vous répondra « accordé », et c’est normal : c’est une information, pas une demande. Toutes les règles techniques restent à respecter.
Côté accessibilité, en revanche, le dossier en mairie reste obligatoire (voir notre article sur l’accessibilité PMR). Et si vous touchez à la façade, changez la destination du local ou agrandissez, le permis de construire ou la déclaration préalable sont toujours au menu.
Le piège : plus d’examen par la commission de sécurité, donc plus personne pour vous dire « ça ne va pas » avant l’ouverture. La simplification, c’est un peu comme retirer les petites roues du vélo. Si votre projet touche aux sorties, aux cloisonnements ou aux installations techniques, faites-vous accompagner par un architecte, un bureau de contrôle ou un préventionniste.
Dehors aussi, ça compte : abords et accès des pompiers
Les pompiers doivent pouvoir arriver jusqu’à vous facilement (article PE 7), et chaque sortie doit déboucher sur un espace libre qui mène à la rue.
En clair : pas de terrasse, palettes, poubelles ou camionnette « juste deux minutes » devant les issues, et pas de portail cadenassé pendant l’ouverture. Pour le texte officiel, voir les articles CO 1 à CO 5 sur Légifrance. Le SDIS de votre département peut aussi avoir ses propres préconisations.
Les sorties : le nerf de la guerre
Les « dégagements », dans la langue du règlement, ce sont tous les chemins vers la sortie : portes, couloirs, escaliers, rampes. Ils doivent permettre de sortir vite et en sécurité, donc sans carton, ni plante verte en travers. Chaque porte d’évacuation s’ouvre par une manœuvre simple (pas de code à quatre chiffres), et les escaliers mènent sans détour jusqu’au niveau de sortie.
Combien de sorties, et de quelle largeur ? Tout dépend du nombre de personnes que vous accueillez :
Les petites lignes de l’article PE 11, qui ont leur importance :
- Dans un immeuble existant, en rénovation ou aménagement, toute largeur de 0,90 m peut être ramenée à 0,80 m.
- Les sorties doivent être bien réparties, sans cul-de-sac de plus de 10 m.
- Au-delà de 50 personnes, les portes donnant sur l’extérieur s’ouvrent dans le sens de la sortie.
- Une porte verrouillée doit pouvoir s’ouvrir de l’intérieur par une manœuvre simple.
- Les portes coulissantes ou à tambour ne comptent pas comme sorties réglementaires, sauf exceptions en façade. Aussi élégantes soient-elles.
- Si le personnel n’a pas ses propres sorties, son effectif s’ajoute à celui du public pour dimensionner les sorties.
Balisage et éclairage : que la lumière soit, même en cas de coupure
Le petit bonhomme vert qui court vers une porte n’est pas là pour la déco. Portes, escaliers et cheminements vers l’extérieur doivent être signalés par des pictogrammes visibles de jour comme de nuit.
Et quand tout s’éteint, les blocs autonomes d’éclairage de sécurité (les fameux BAES) prennent le relais. Ils sont exigés dans :
- les escaliers ;
- les circulations de plus de 10 m au total ou au cheminement compliqué ;
- les salles de plus de 100 m².
En pratique, un BAES au-dessus de chaque sortie, c’est le minimum syndical.
Matériaux et déco : joli, oui ; inflammable, non
Le rideau en lin brut et le plafond en tasseaux, c’est très tendance. Mais dans les espaces ouverts au public, les matériaux ne doivent ni s’enflammer vite, ni fumer beaucoup, ni faire pleuvoir des gouttes enflammées. Surveillez de près les isolants thermiques et acoustiques, les faux plafonds et tout ce qui pend du plafond.
Réflexe à prendre : demandez à vos fournisseurs les procès-verbaux de réaction au feu, et gardez-les précieusement. Pour les travaux dont la demande d’autorisation sera déposée à partir du 1er juin 2027, les produits de construction passeront aux classes européennes (Euroclasses). Les catégories M resteront valables pour l’aménagement et la déco.
Installations techniques : la salle des machines
Électricité. Installation aux normes, et surtout : pas de multiprises. La guirlande de rallonges branchées les unes dans les autres derrière le comptoir est interdite. Si vous manquez de prises, faites-en ajouter.
Gaz. Depuis le 1er juillet 2026, toute installation de gaz neuve ou modifiée doit être vérifiée par un organisme habilité à la fin des travaux. Les installations existantes entrent dans les vérifications périodiques. Restaurants, boulangeries et locaux chauffés au gaz, c’est pour vous.
Appareils de cuisson. Tout se joue sur la puissance totale. Jusqu’à 20 kW, c’est admis sous conditions : appareils fixés, petits appareils portables limités. Au-delà de 20 kW, bienvenue dans la « grande cuisine ». Elle doit être isolée par des parois coupe-feu 1 heure ou, si elle est ouverte sur la salle, séparée par un écran de cantonnement, avec une extraction des buées et graisses en matériaux incombustibles. Dans tous les cas, un arrêt d’urgence coupe l’alimentation des appareils près de l’entrée de la cuisine. Et les hottes se nettoient régulièrement : la graisse accumulée dans les filtres est un excellent combustible.
Chauffage. Une chaudière ou un groupe d’appareils de plus de 30 kW (et jusqu’à 70 kW) s’installe dans un local fermé au public et coupe-feu 1 heure. Le petit poêle à pétrole d’appoint, lui, est interdit : les appareils à combustion non raccordés sont proscrits, sauf panneaux radiants et chauffages de terrasse.
Voisinage. Pour que votre incendie ne devienne pas celui des voisins, l’établissement est séparé des locaux de tiers (logements au-dessus, boutique d’à côté) par des murs et planchers coupe-feu 1 heure. Une porte de communication est admise si elle est coupe-feu 1/2 heure et munie d’un ferme-porte.
Locaux à risques. Réserves, archives, local poubelles, groupe électrogène : tout ce qui brûle bien et longtemps doit être isolé des espaces ouverts au public, comme s’il s’agissait d’un voisin. Parois coupe-feu 1 heure et porte coupe-feu 1/2 heure avec ferme-porte, qu’on ne bloque pas avec une cale « parce que c’est plus pratique ».
Désenfumage : la fumée aussi a besoin d’une sortie
Dans un incendie, c’est souvent la fumée qui est la plus dangereuse, avant les flammes. Les salles de plus de 300 m² en rez-de-chaussée ou en étage, et celles de plus de 100 m² en sous-sol, doivent donc pouvoir l’évacuer. Il leur faut des ouvertures en partie haute (pour que la fumée sorte) et en partie basse (pour que l’air frais entre), vers l’extérieur directement ou par des conduits. La surface d’évacuation vaut au moins 1/200 de la surface au sol, et les ouvertures se manœuvrent facilement depuis le sol, sans escabeau. Un escalier encloisonné doit avoir en partie haute un châssis de 1 m², qu’on ouvre facilement depuis le rez-de-chaussée.
Moyens de secours et consignes : le kit de base
- Extincteurs : au moins un extincteur à eau pulvérisée par tranche de 300 m², et un par niveau au minimum. Ajoutez un extincteur adapté à chaque risque particulier, par exemple à CO₂ près du tableau électrique.
PS : Un extincteur sert à éteindre, pas à caler une porte. - Alarme : une alarme générale est obligatoire. Son signal doit s’entendre de partout et ne ressembler à rien d’autre : si on peut le confondre avec la sonnette de la porte, c’est raté. Le choix du matériel est libre, tant qu’il est efficace et entretenu ; en pratique, on retient au moins un équipement d’alarme de type 4. Et l’équipe doit savoir reconnaître ce son.
- Alerte : un moyen d’appeler les secours. Un téléphone suffit, à condition qu’il ait du réseau et de la batterie.
- Présence : quelqu’un de l’équipe ou un responsable doit être là en permanence pendant l’ouverture, sauf si l’établissement reçoit moins de 20 personnes. Au-delà, ouvrir sans personnel n’est possible que dans les conditions de l’arrêté du 4 février 2026 : accès bloqué à 19 personnes et cahier des charges. Pour une salle prêtée à une association, une convention de surveillance peut aussi être signée avec l’utilisateur.
- Consignes : affichées bien en vue. Elles indiquent le numéro des pompiers, l’adresse du centre de secours le plus proche et la conduite à tenir en cas de sinistre. Prévoyez aussi comment vous aiderez les personnes en situation de handicap à évacuer.
- Formation : votre équipe doit savoir quoi faire en cas d’incendie et avoir déjà tenu un extincteur en main. Le jour J n’est pas le bon moment pour lire la notice.
- Plan d’intervention : obligatoire à l’entrée depuis le 1er janvier 2026, même en plain-pied. C’est le « mode d’emploi » de votre local pour les pompiers. Il représente chaque niveau et localise les accès, les coupures d’énergie (électricité, gaz), les locaux à risques et les moyens de secours. La norme NF X 08-070 sert de référence pour sa présentation.











































